Jeux

Rétrogaming et Fiertés : Quand les anciens jeux vidéo célébraient la diversité

Le mois des fiertés est sur le point de s’achever et, à la Rétrogamerie, on ne peut pas s’empêcher de faire un clin d’œil à cette période riche en célébrations et en couleurs. Alors, qu’en est-il de nos jeux rétro chéris et leur contribution à la représentation LGBTQ+ ? Vous seriez surpris.es de voir à quel point certains classiques ont été avant-gardistes, parfois même sans que vous le sachiez. Préparez vos manettes et vos souvenirs qui risquent d’être chamboulés, on va plonger dans ces perles du passé qui ont fait avancer les choses, discrètement ou non.


Merci Notipix pour l’extrait de notice !

Super Mario Bros. 2 : Birdo, un oiseau différent

Commençons par un classique indémodable : Super Mario Bros. 2. Ah, ce bon vieux jeu où Mario, Luigi, Toad et Peach partent à l’aventure dans le monde onirique de Subcon. Mais ce n’est pas seulement le gameplay et les légumes géants qui nous intéressent ici. Connaissez-vous Birdo, ce boss récurrent qui crache des œufs ? Birdo, souvent confondu avec Ostro à cause d’une erreur dans le manuel, est l’un des premiers personnages de jeu vidéo à être identifié comme transgenre. Les manuels occidentaux du jeu indiquent : “Il prétend être une fille […] Il préfèrerait se nommer Birdetta.” Bien que cette identification ait souvent été ignorée ou modifiée dans les versions ultérieures, Birdo demeure un symbole important de diversité dans le monde de Mario. Son inclusion a ouvert une porte pour une meilleure représentation dans les jeux vidéo, bien avant que cela ne devienne une discussion courante dans l’industrie.

Il est toutefois intéressant de rappeler que Super Mario Bros. 2, tel qu’on le connaît en Occident, est une adaptation de Yume Kōjō: Doki Doki Panic sur Famicom. C’est dans ce jeu que le personnage de Birdo a été introduit en tant que transgenre potentiel, une nouvelle fois selon la description de son personnage dans la notice. Ici appelée Katherine et après traduction, cet oiseau est décrit de la façon suivante : “Il se prend pour une fille […]. L’appeler Cathy la met de bonne humeur.” On peut donc déduire que la traduction dans Super Mario Bros. 2 est plutôt fidèle ! Cette fidélité montrerait que, dès le début, l’idée d’inclure un personnage transgenre était bien présente, même si elle est restée discrète pour beaucoup de joueurs. Birdo reste ainsi un personnage pionnier dans la représentation LGBTQ+ dans les jeux vidéo et représente une étape cruciale vers l’acceptation et la visibilité des personnes cassant les frontières du genre dans les jeux vidéo. Mettre en avant Birdo, c’est reconnaître que même les jeux de notre enfance pouvaient contenir des messages d’inclusion et de diversité, parfois subtils, mais toujours significatifs !

Final Fight : Poison, le mystère à talons hauts

Final Fight est un beat’em up classique de Capcom qui a fait battre le cœur de nombreux joueurs d’arcade et a certainement allégé considérablement le poids de leur porte-monnaie. Parmi les nombreux adversaires, Poison se distingue par son style inimitable. Poison a toujours été un personnage ambigu en matière de genre, les développeurs ayant déclaré en fin de phase de développement du jeu qu’elle était transgenre afin d’éviter les problèmes de censure avec les autorités américaines des années 90.

À l’époque, la violence contre les femmes dans les jeux vidéo était un sujet sensible pour les autorités de régulation américaines. Pour contourner cette difficulté, Capcom a décidé de représenter Poison comme transgenre, une décision qui a varié selon les déclarations ultérieures et les différentes apparitions du personnage. Parfois, elle a été décrite comme une femme transgenre, d’autres fois comme un homme travesti, selon la région et l’itération du jeu.

Ce choix, malgré son origine controversée, a fait de Poison l’une des premières figures transgenres de l’histoire du jeu vidéo, ajoutant une couche supplémentaire à ce qui semblait n’être qu’un simple jeu de baston. Poison est devenue un symbole de diversité et a ouvert la voie à une meilleure représentation des personnages LGBTQ+ dans l’industrie. En regardant en arrière, on peut voir comment Poison, avec ses talons hauts et son attitude audacieuse, a contribué à élargir les horizons du genre et de l’identité dans les jeux vidéo… Parce qu’il fallait quand même assumer et être extrêmement fière pour se balader ainsi dans les rues dangereuses de Metro City !

Gabriel Knight 2: The Beast Within, une relation complexe

En parlant de mystères et de nuances, Gabriel Knight 2: The Beast Within est un autre titre qui mérite une mention spéciale. Ce jeu d’aventure point-and-click de Sierra nous plonge dans une histoire de loups-garous en Allemagne, riche en suspense et en atmosphère gothique. Ce qui distingue particulièrement ce jeu, c’est son sous-texte homosexuel selon nous évident, un choix audacieux pour l’époque.

Gabriel, le détective intrépide, développe une relation complexe avec Von Glower, un aristocrate charismatique et énigmatique et antagoniste principal du jeu. Dès leur première rencontre, il y a une alchimie palpable qui transcende l’amitié traditionnelle. Von Glower exerce une fascination presque magnétique sur Gabriel, créant une dynamique intrigante qui nourrit le récit. Leur interaction est marquée par des regards intenses et des conversations chargées de sous-entendus, ajoutant une dimension LGBTQ+ subtile mais omniprésente.

Une ambiance calfeutrée, un canapé confortable, un bon vin et un partenaire avec qui se lancer dans des discussions passionnantes… Comment ne pas succomber ?

Bien que relevant uniquement de l’interprétatif – n’ayant trouvé aucune déclaration officielle de la part de la créatrice Jane Jensen sur le sujet – cette relation complexe va au-delà des simples tropes narratifs, apportant une profondeur émotionnelle et une authenticité rarement vues dans les jeux vidéo de cette époque. The Beast Within aborde la question de l’identité et du désir de manière nuancée, sans tomber dans les clichés ou le sensationnalisme. En faisant cela, il a non seulement enrichi l’histoire de Gabriel Knight, mais a également pavé la voie pour une représentation plus diversifiée et sophistiquée des relations dans les jeux vidéo.

Darkstalkers : Morrigan et Lilith, duo d’enfer

Morrigan et Lilith

Darkstalkers, ce jeu de combat stylé de Capcom, est célèbre pour ses personnages excentriques et gothiques qui ont marqué les esprits des joueurs. Parmi eux, Morrigan Aensland et Lilith se démarquent non seulement par leur gameplay captivant mais aussi par la complexité de leur relation. Lilith est littéralement une partie de Morrigan, son “âme sœur” en quelque sorte, une incarnation de son pouvoir divisé à la naissance.

Bien que leur relation ne soit pas explicitement romantique, l’idée d’une connexion profonde et intime entre deux personnages féminins a résonné avec de nombreux joueurs LGBTQ+ à l’époque. Cette dynamique unique, où Morrigan et Lilith partagent un lien qui va au-delà de la simple camaraderie ou même de la sororité, a permis aux joueurs de voir une forme de relation féminine complexe et nuancée rarement explorée dans les jeux vidéo de l’époque.

Lilith cherche désespérément à retrouver son identité complète en fusionnant avec Morrigan, tandis que Morrigan, bien que réticente au début, finit par reconnaître l’importance de ce lien. Leur interaction est empreinte d’une intensité émotionnelle qui dépasse le simple cadre du jeu de combat, apportant une profondeur narrative inattendue.

Darkstalkers, avec Morrigan et Lilith en son centre, a ainsi réussi à offrir une représentation de la diversité des relations humaines, même dans un genre aussi compétitif que le jeu de combat. Cette complexité et cette représentation subtile ont contribué à faire de Darkstalkers un titre emblématique et avant-gardiste dans le paysage vidéoludique, célébrant à sa manière la richesse des liens émotionnels et la diversité des expériences humaines, chacun y trouvant une résonance propre.

Groove on Fight : un combat inclusif

Damian Shade dans Groove on Fight

Après Darkstalkers, Groove on Fight est un autre jeu de combat certes moins connu mais tout aussi important, et mérite amplement sa place dans cette liste. Ce titre de la série Power Instinct d’Atlus se distingue par son approche audacieuse et inclusive, introduisant plusieurs personnages aux orientations sexuelles et aux genres variés. Parmi eux, un couple gay : Rudolph et Damian, dont la présence a marqué les esprits des joueurs.

Rudolph et Damian, en tant que couple gay, représentent une avancée significative dans la représentation LGBTQ+ dans les jeux vidéo de combat, un genre souvent dominé par des archétypes de masculinité hétérocentriques. Leur inclusion n’était pas seulement un ajout esthétique, mais un geste audacieux pour l’époque, permettant à de nombreux joueurs de se sentir vus et représentés dans un milieu où la diversité était rarement mise en avant.

Groove on Fight ne se contente pas de les inclure, il les intègre pleinement dans son gameplay et son univers, montrant que les personnages LGBTQ+ peuvent être aussi puissants, complexes et intéressants que leurs homologues hétérosexuels. Leur relation est traitée avec respect et authenticité, ce qui a résonné profondément avec les joueurs en quête de représentation.

En offrant une telle diversité, Groove on Fight a ouvert la voie à une plus grande inclusion dans les jeux de combat, démontrant que le genre pouvait évoluer pour refléter la diversité de ses joueurs. Ce faisant, Atlus a contribué à un paysage vidéoludique plus inclusif et représentatif, où chacun peut trouver un personnage avec lequel il peut s’identifier.

Great Greed : L’aventure écologique et amoureuse

Great Greed, un RPG unique sur Game Boy sorti uniquement aux USA et au Japon (sous le nom de Bitamina Oukoku Monogatari). S’il ne se distingue pas particulièrement pour son gameplay déjà classique pour son temps, sa représentation avant-gardiste des relations mérite toutes les attentions. Ce jeu, sorti en 1992, offre une surprise remarquable à la fin : la possibilité pour le héros de se marier avec n’importe quel personnage principal, qu’il soit homme ou femme. Cette liberté de choix était révolutionnaire pour l’époque, même dans un genre aussi bien représenté que le RPG, brisant les conventions traditionnelles des jeux vidéo.

L’intrigue de Great Greed se déroule dans un monde où la pollution et les dégâts environnementaux sont au centre des préoccupations, ce qui en fait un titre écologique avant l’heure. Le héros, un adolescent ordinaire, est transporté dans ce monde et se retrouve à combattre les forces du mal pour sauver la planète. Mais au-delà de cette quête écologique, qui représente déjà un message appréciable souvent peu entendu au début des années 90, le jeu permet aux joueurs d’explorer des relations LGBTQ+ de manière naturelle et sans jugement.

Cette inclusion des relations homosexuelles dans un cadre narratif est une avancée significative pour un jeu de cette époque. En offrant aux joueurs la liberté de choisir leur partenaire de fin de jeu, Great Greed permet au joueur de choisir ce qui est le plus en adéquation avec ses convictions personnelles. Cette approche inclusive a permis à de nombreux joueurs de se sentir vus et représentés dans un média qui, rappelons-le, était souvent limité à des perspectives hétéronormatives.

Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty, L’intrigue et la diversité

Passons maintenant à Metal Gear Solid 2: Sons of Liberty, où Hideo Kojima a encore une fois fait preuve de son génie narratif. Dans ce volet, Kojima introduit Vamp, un mercenaire bisexuel, présenté avec une profondeur et une complexité rare pour l’époque. Kojima ne se contente pas de faire de Vamp un simple stéréotype ; il le dote d’une histoire riche et d’une personnalité fascinante, ajoutant ainsi une dimension de diversité et de représentativité significative dans le jeu… Ce qui est, avouons-le, un pas en avant appréciable quand on constate la succession de clichés hétérosexuels que pouvait constituer le premier épisode de cette saga.

Vamp, avec son apparence charismatique et son comportement énigmatique, se démarque immédiatement parmi les antagonistes du jeu. Il n’est pas défini uniquement par sa bisexualité, mais cette caractéristique est intégrée de manière organique dans sa personnalité et son histoire. Sa relation avec Scott Dolph, le commandant de la flotte navale, est un élément clé qui dévoile une facette plus vulnérable et humaine du personnage, contrastant avec son rôle de tueur impitoyable.

Artwork conceptuel de Vamp lors du développement de MGS2

L’introduction de Vamp dans Metal Gear Solid 2 démontre la volonté de Kojima de briser les conventions et de présenter des personnages LGBTQ+ avec respect et profondeur. En créant un antagoniste bisexuel qui est à la fois complexe et central à l’intrigue, Kojima a ouvert la voie à une représentation plus nuancée et variée des personnages LGBTQ+ dans les jeux vidéo.

Vamp reste un exemple mémorable de diversité dans le rétrogaming, montrant que même les personnages dans des rôles traditionnellement négatifs peuvent être représentés avec des dimensions et des réalités humaines authentiques, contribuant ainsi à la richesse narrative et à l’inclusivité de l’univers de Metal Gear Solid.

Fable : La liberté de l’amour

Enfin, parlons de Fable, ce RPG de Lionhead Studios qui s’apprête à célébrer son vingtième anniversaire déjà au moment où nous écrivons ces lignes. Dans ce jeu, les choix du joueur influencent clairement l’évolution de l’histoire et du personnage. L’un des aspects les plus novateurs de Fable est la liberté qu’il offre en matière de relations. Contrairement à de nombreux jeux de l’époque, Fable permet aux joueurs de vivre des relations homosexuelles sans jugement ni restriction, offrant une représentation encore rare et bienvenue des relations LGBTQ+ dans le monde du jeu vidéo, et ce plusieurs années avant d’autres titres reprenant le même concept tels que Dragon Age: Origins.

Dans Fable, les joueurs peuvent choisir de marier des personnages de n’importe quel genre, ce qui leur permet de créer des histoires d’amour authentiques et personnalisées. Cette liberté de choix en matière de relations a été saluée comme une avancée majeure, permettant à chaque joueur de vivre son aventure comme il l’entend, reflétant ses propres préférences et identité. Le jeu traite ces relations avec une normalité rafraîchissante, sans les réduire à des clichés ou à des éléments de gameplay superficiels.

L’inclusion de relations homosexuelles dans Fable a ouvert la voie à une meilleure représentation et acceptation des personnes LGBTQ+. Ce choix audacieux de Lionhead Studios a montré que les jeux pouvaient être des espaces où chacun pouvait se sentir représenté et accepté. En offrant cette liberté, Fable a non seulement enrichi l’expérience de jeu, mais a également contribué à la diversité et à l’inclusivité dans l’industrie vidéoludique de façon majeure !


Ces exemples montrent que même avant que la diversité ne devienne un sujet brûlant, certains jeux vidéo ont déjà pavé la voie, que ce soit intentionnellement ou par accident. Ces titres ont permis à de nombreux joueurs de se sentir vus et représentés, ajoutant une richesse supplémentaire à notre patrimoine rétrogaming. Alors, la prochaine fois que vous verrez passer ces jeux, rappelez-vous qu’ils cachent bien plus que des aventures et du fun : ils célèbrent aussi la diversité et l’inclusion. Joyeux mois des fiertés à tous nos retrogamers !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *