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Les Échecs Commerciaux Rétrogaming Qui Sont Devenus Cultes

Dans le monde du jeu vidéo, le succès commercial est souvent considéré comme le baromètre du succès. Pourtant, il existe une catégorie de jeux qui, malgré des ventes décevantes, a réussi à capturer l’imagination du public et à gagner un statut culte. Cet article explore quelques-uns de ces jeux “ratés mais adorés” et tente de comprendre comment et pourquoi ils ont atteint ce statut particulier.


EarthBound (Super Nintendo – 1994)

Bien que le jeu ait connu un certain succès au Japon (connu sous le nom de Mother 2) avec environ 500 000 copies vendues, EarthBound a été accueilli de manière plutôt tiède aux Etats-Unis. Malgré une campagne marketing ambitieuse de 2 millions de dollars, les critiques de l’époque étaient mitigées et les ventes assez décevantes. En effet, à peine 100 000 exemplaires ont été vendus. Beaucoup attribuent cet échec commercial aux États-Unis à une campagne publicitaire maladroite et à la difficulté de commercialiser un jeu aussi unique et excentrique.

Vu comme ça, Earthbound (Mother 2) ne paye pas de mine. Et pourtant…

Cependant, le temps a été plus que généreux avec EarthBound. Le jeu est devenu une véritable icône culte, notamment en raison de sa narration profonde, de ses personnages mémorables, et de son gameplay innovant. Le scénario mêlant une atmosphère charmante à une profondeur émotionnelle a séduit de nombreux joueurs, faisant de lui une œuvre d’art vidéoludique qui continue d’être étudiée et célébrée.

Aujourd’hui, EarthBound est souvent cité comme une influence majeure par les développeurs de jeux vidéo contemporains. Des exemplaires originaux de la version américaine se vendent à des prix astronomiques, soulignant ainsi la haute estime dans laquelle le jeu est tenu. Ce statut culte contraste fortement avec son accueil initial, en faisant une véritable success-story de la persévérance et de la qualité intrinsèque d’un jeu vidéo.

Beyond Good & Evil (PC, Xbox, Playstation 2 et GameCube – 2003)

Lancé en 2003 sur plusieurs plateformes, Beyond Good & Evil était un jeu qui semblait avoir tout pour réussir. Avec des critiques élogieuses louant son histoire captivante, sa conception de niveau ingénieuse, et ses personnages bien développés, le jeu avait sur le papier tous les éléments d’un succès commercial. Cependant, malgré les acclamations de la critique, le jeu a eu du mal à se vendre, en partie à cause de la forte concurrence et peut-être aussi d’une campagne marketing insuffisante.

L’échec commercial initial de Beyond Good & Evil a été largement compensé par le soutien inébranlable de sa communauté de fans et par la sortie de versions HD qui ont permis de redécouvrir ce bijou. Des années après sa sortie, le jeu a trouvé une seconde vie et a même influencé la conception de nombreux titres d’aventure modernes.

Un des exemples où Beyond Good & Evil savait varier son gameplay et renouveler l’aventure proposée au joueur

Les fans ont été ravis d’apprendre qu’une suite était en développement, même si les nouvelles à ce sujet sont rares depuis plusieurs années. Cela atteste néanmoins de la durabilité et de l’impact à long terme de Beyond Good & Evil dans le paysage vidéoludique. Ce qui était autrefois considéré comme un échec commercial est aujourd’hui vu comme une œuvre influente et aimée, démontrant que le succès ne se mesure pas toujours en termes de ventes initiales, mais peut aussi se construire au fil du temps grâce à une qualité indéniable et un dévouement de la communauté.

System Shock (PC, 1994)

Une interface riche montrant la complexité du jeu

À sa sortie en 1994, System Shock était tout sauf un succès commercial. Ce jeu de tir à la première personne incorporant des éléments de jeu de rôle (RPG) et une narration immersive était incontestablement en avance sur son temps. Il offrait une expérience de jeu profonde, avec des mécanismes de jeu complexes et un monde riche en détails. Cependant, en dépit de ses innovations et de la qualité globale du titre, il s’est heurté à des ventes décevantes, ce qui a conduit beaucoup à le considérer comme un échec commercial.

Cela dit, l’histoire de System Shock ne s’arrête pas là. Au fil des années, le jeu a gagné un statut culte parmi les joueurs et les développeurs. Son approche avant-gardiste de la narration interactive et du gameplay a servi de pierre angulaire à des titres plus récents, notamment la série Bioshock, qui a repris et perfectionné plusieurs des concepts introduits par System Shock.

L’influence de System Shock sur le paysage vidéoludique est incontestable. Les développeurs contemporains citent souvent le jeu comme une source d’inspiration majeure, et une communauté fidèle continue de célébrer ce titre presque trois décennies après sa sortie initiale. Des remakes et des suites ont même été développés, prouvant que l’intérêt pour cet univers reste vivace.

L’histoire de System Shock est un rappel puissant que les ventes initiales ne sont pas toujours un indicateur fiable de l’impact ou de la qualité d’un jeu. Dans ce cas, l’échec commercial initial a presque servi de tremplin pour établir le jeu comme une œuvre culte, influente et inoubliable dans le monde du jeu vidéo.

Shenmue (Dreamcast – 1999)

Lors de sa sortie en 1999 sur la console Sega Dreamcast, Shenmue était un projet titanesque, résultat de l’ambition démesurée de son créateur, Yu Suzuki. Avec un budget de développement estimé à environ 47 millions de dollars, ce jeu était, à l’époque, l’un des plus coûteux jamais réalisés. Les attentes étaient donc élevées, tant de la part de l’éditeur que des joueurs.

Cependant, malgré des critiques globalement positives qui saluaient son monde ouvert, son attention aux détails et ses graphismes avancés, Shenmue a été un échec commercial. Les ventes n’ont pas été suffisantes pour justifier un tel investissement, contribuant en partie à la détérioration financière de Sega à cette période.

Mais comme beaucoup d’autres jeux considérés comme des échecs commerciaux, l’histoire de Shenmue ne s’arrête pas là. Le jeu a acquis un statut culte et est devenu une pierre angulaire du genre de l’aventure en monde ouvert. Son sens du détail méticuleux, allant des conditions météorologiques changeantes aux divers objets interactifs que l’on pouvait trouver, était à l’époque révolutionnaire. Cette approche immersive a établi de nouveaux standards pour les jeux en monde ouvert et a inspiré une génération de développeurs.

Shenmue est l’un des premiers jeux en monde ouvert à proposer de multiples activités

De plus, Shenmue a réussi à bâtir une communauté loyale et passionnée de fans qui ont soutenu le jeu pendant des années, aboutissant finalement à la réalisation de suites tant attendues, grâce notamment à des campagnes de financement participatif. Le jeu est souvent cité dans des discussions sur l’histoire et l’évolution des jeux vidéo pour son apport à la création de mondes interactifs riches et immersifs.

En résumé, bien que Shenmue n’ait pas atteint ses objectifs commerciaux initiaux, il reste un élément crucial de l’histoire du jeu vidéo, un titre culte qui a laissé une empreinte indélébile sur le genre de l’aventure en monde ouvert.

Planescape: Torment (PC, 1999)

Peu de jeux proposaient autant d’interactions avec les PNJ avant Planescape: Torment

Planescape: Torment, sorti en 1999, est un RPG classique basé sur l’univers de Donjons & Dragons, plus précisément sur le plan multiversel de Planescape. Développé par Black Isle Studios, le jeu a été accueilli chaleureusement par les critiques, mais cette réception positive ne s’est pas immédiatement traduite en succès commercial. Il s’agissait d’un titre qui rompait avec les conventions du genre, en mettant un fort accent sur le développement narratif et la profondeur des dialogues, plutôt que sur le combat ou l’accumulation de biens matériels, ce qui le rendait assez inclassable et peut-être moins accessible pour le grand public de l’époque.

Ce n’est que bien des années après sa sortie que Planescape: Torment a gagné sa place au panthéon des jeux vidéo en tant que titre culte. L’un des principaux atouts du jeu est son scénario profondément immersif et ses personnages nuancés. Avec son protagoniste amnésique, connu simplement comme “Sans-Nom”, et une myriade de choix moraux et éthiques à faire, le jeu a offert une expérience narrative riche qui a été saluée pour sa complexité et son originalité. Cela en fait régulièrement un sujet de discussion dans des articles, des forums et des études consacrées aux meilleures narrations dans le domaine des jeux vidéo.

L’un des autres éléments qui contribuent à la légende de Planescape: Torment est sa réputation pour avoir l’un des plus grands volumes de textes dans un jeu vidéo. Le jeu était si axé sur l’histoire et le dialogue que les joueurs pouvaient passer des heures à discuter avec les PNJ (personnages non-jouables), ce qui était assez révolutionnaire à l’époque et a posé des jalons pour les RPG axés sur la narration qui ont suivi.

Aujourd’hui, Planescape: Torment est souvent cité comme une influence majeure sur des titres RPG modernes axés sur l’histoire, et il a même bénéficié de plusieurs rééditions, y compris une version “Enhanced Edition” en 2017, qui a apporté le jeu à une nouvelle génération de joueurs.

Bien que Planescape: Torment n’ait pas été un succès commercial à sa sortie, il a trouvé une deuxième vie en tant que titre culte, loué pour sa narration profonde et son gameplay novateur. Il reste un exemple éclatant de la manière dont un jeu peut transcender ses ventes initiales pour laisser une empreinte durable sur l’industrie et la culture du jeu vidéo.

Snatcher (MSX, PC-Engine CD, Mega-CD, Saturn, Playstation – de 1988 à 1996)

Snatcher, développé par le célèbre créateur de jeux vidéo Hideo Kojima, est un jeu d’aventure graphique sorti initialement en 1988 sur MSX avant de paraitre quelques années plus tard dans une nouvelle version sur consoles à support CD (Mega-CD, Saturn et Playstation). Bien que Kojima soit surtout connu pour sa série emblématique Metal Gear, Snatcher est une autre œuvre qui a captivé les fans grâce à son récit complexe, ses personnages intrigants et son atmosphère unique.

À l’époque de sa sortie, Snatcher a malheureusement été victime de plusieurs facteurs qui ont contribué à son échec commercial. Tout d’abord, la sortie initiale a fait face à des déboires de développement face à l’ambition et la vision de Kojima qui s’est vu demandé de finir abruptement son projet qui durait plus longtemps que prévu, tronquant ainsi plus de la moitié de son histoire. Malgré une nouvelle sortie plus complète quelques années plus tard, le fait est que le jeu d’aventure graphique était un genre relativement de niche à cette époque sur consoles, surtout en comparaison avec les jeux d’action et de plates-formes qui dominaient le marché.

Malgré ces obstacles, Snatcher a gagné un statut culte au fil des années. Son récit, inspiré de la science-fiction et du cyberpunk (Blade Runner, Akira ou encore Terminator sont souvent cités en référence), présente des éléments de mystère et d’enquête qui étaient plutôt avant-gardistes pour le milieu des années 90. Le jeu est souvent salué pour sa narration sombre, mature et sophistiquée ainqi que ses personnages mémorables, des qualités qui ont contribué à sa longévité et à son attrait persistant.

Quand on vous dit que ça ne rigole pas, dans Snatcher…

Le jeu est également remarquable pour son esthétique visuelle et sonore. Les graphismes, bien qu’anciens, ont un certain charme rétro qui attire les fans des ères 8 et 16 bits. La bande-son, adaptée au style cyberpunk du jeu, ajoute une autre couche d’immersion à l’expérience globale.

Aujourd’hui, Snatcher est devenu une sorte de “trésor perdu” de cette période. Les exemplaires originaux du jeu sont devenus des objets de collection très recherchés, souvent échangés à des prix élevés sur les marchés d’occasion. De nombreux fans de Kojima et d’aventures graphiques en général considèrent Snatcher comme une œuvre sous-estimée qui mérite plus d’attention qu’elle n’en a initialement reçue.

On peut donc dire que Snatcher est un exemple classique d’un jeu qui n’a peut-être pas réussi à capturer le marché à sa sortie, mais qui a su développer un statut culte au fil du temps. Son histoire complexe, ses personnages mémorables et son style unique continuent de le faire ressortir comme une œuvre d’art distincte et précieuse du rétrogaming.

Les Facteurs Communs

Les jeux vidéo qui, malgré un échec commercial initial, ont gagné un statut culte au fil du temps partagent souvent certaines caractéristiques clés. L’analyse de ces caractéristiques peut nous aider à comprendre pourquoi certains titres continuent d’être aimés et joués des années, voire des décennies, après leur sortie.

Narration Innovante

L’une des caractéristiques les plus frappantes de ces jeux est leur narration profonde et innovante. Alors que de nombreux jeux de l’époque se concentraient sur l’action et le gameplay, ces titres cultes ont souvent pris le temps de développer des mondes complexes et des personnages mémorables. Que ce soit l’histoire philosophique et métaphysique de Planescape: Torment ou le récit de science-fiction cyberpunk de Snatcher, ces jeux ont réussi à tisser des histoires qui continuent de résonner avec les joueurs bien après leur sortie.

Gameplay Unique

Au lieu de suivre les formules établies et les tendances populaires de l’époque, ces jeux ont pris des risques créatifs en ce qui concerne le gameplay. Par exemple, EarthBound a mélangé des éléments de RPG avec une esthétique unique inspirée de la culture pop américaine, tandis que Beyond Good & Evil a combiné des éléments d’action, d’aventure et de furtivité dans un mélange unique. Ces choix de gameplay distinctifs ont contribué à distinguer ces jeux de leurs concurrents, même si cela a parfois signifié un accueil commercial mitigé à leur sortie.

Communauté Passionnée

Un autre facteur clé dans la longévité de ces jeux est le soutien indéfectible d’une communauté passionnée. Grâce au bouche à oreille, aux forums en ligne, aux blogs et aux réseaux sociaux, ces jeux ont souvent connu une résurgence d’intérêt bien après leur sortie initiale. Des communautés de fans dédiées ont aidé à propager la notoriété de ces jeux, en créant des mods, des forums, en partageant des anecdotes, des guides et des astuces, et même en organisant des événements et des rencontres pour célébrer leur amour pour ces titres.


L’échec commercial ne signifie pas toujours l’échec créatif. De nombreux jeux qui ont initialement échoué en termes de ventes ont trouvé une deuxième vie et une appréciation renouvelée auprès d’un public dédié. Ils nous rappellent que l’innovation et la qualité peuvent finalement triompher, même si cela prend du temps.

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