Quand le Jeu Vidéo Emprunte aux Autres Arts
Le jeu vidéo, souvent considéré comme le dixième art – et à raison si vous nous demandez, reste malgré tout le petit frère inexpérimenté face à ses aînés que sont la musique, la peinture, l’architecture. Même face à d’autres arts plus récents comme le cinéma et la bande dessinée, le fait est que nos jeux vidéo adorés restent tout de même très récents dans l’Histoire de l’Art dans son ensemble. De ce fait, bien que ce média parvienne à nous faire tant rêver, voyager, et, parfois même, nous faire découvrir un peu de culture sans qu’on s’en rende compte, il n’y a aucune honte à ce que le jeu vidéo emprunte aux autres arts. Bien au contraire ! Faisons le tour des cas plus ou moins connus où le retrogaming a pioché par-ci par-là dans d’autres formes artistiques. Chaussons nos plus belles lunettes de critique d’art !
Architecture

Bien que les jeux modernes en 3D offrent désormais, quand ils en ont l’occasion, des leçons impressionnantes d’architecture (Darsk Souls, Bioshock, Assassin’s Creed, Breath of the Wild…), le retrogaming n’était pas en reste, même s’ils étaient parfois contraints sur le plan technique. Par exemple , Myst III : Exile (2001) poussait l’architecture vidéoludique à un niveau supérieur. Dans ce jeu d’aventure, chaque endroit exploré était en soi une œuvre d’architecture. L’un des exemples les plus marquants est le monde d’Amateria, où les bâtiments et les structures sont non seulement esthétiquement impressionnants, mais aussi intégrés de manière ingénieuse dans les énigmes du jeu. Les designers de Myst III ont su s’inspirer d’architectures variées, de l’Orient à l’Occident, pour créer des environnements à la fois fantastiques et crédibles, où l’architecture devient un peu à personnage à part entière.
Et si on parle architecture dans le retrogaming, difficile de ne pas mentionner un jeu de gestion tel que SimCity 2000 (1994) dont le principe-même de jeu s’appuie sur les compétences d’un architecte / urbaniste. Avec ses bâtiments détaillés et ses zones urbaines, ce jeu est une véritable leçon d’urbanisme bien que les experts lui reprocheraient peut-être aujourd’hui son système de zoning trop appuyé. Maxis, le studio derrière le jeu, a clairement été inspiré par l’architecture moderne et futuriste pour concevoir ses tours et gratte-ciel. Chaque ville que nous construisons durant une partie peut aboutir sur un petit chef-d’œuvre d’architecture contemporaine, où l’on joue les apprentis Corbusier !
Sculpture

Tomb Raider (1996) a bien des atouts pour être cité ici. L’un de ses points forts ? La façon dont le jeu intègre la sculpture dans son univers. Les tombeaux que Lara explore sont parsemés de statues imposantes, souvent inspirées de l’art antique. Ces statues ne sont pas juste là pour faire joli : certaines prennent vie et deviennent des ennemis à part entière ! Le jeu s’inspire des sculptures grecques, égyptiennes et mésoaméricaines pour créer une atmosphère où l’art devient un élément central du gameplay.
N’oublions pas aussi Shadow of the Colossus et ses boss. S’ils ne sont pas juste là pour vous écraser de leur énorme patte (même si, avouons-le, ça leur arrive souvent), ces colosses sont de véritables sculptures en mouvement. Chaque créature est unique, sculptée avec un soin digne des meilleurs tailleurs de pierre. Leur design est un mix parfait entre l’art ancien et le fantastique, évoquant autant les statues de l’Île de Pâques que les mythes grecs. Team Ico a réussi à créer un univers où la sculpture prend vie, et franchement, c’est un pur régal pour les yeux.
Peinture
En évoquant la peinture, on pense immédiatement à Okami, ce chef-d’œuvre qui nous plonge dans la peinture traditionnelle japonaise. Chaque coup de pinceau donné avec le joystick est un hommage au sumi-e, cet art de l’encre et ce concept innovant de gameplay transforme ainsi le jeu en une véritable estampe interactive. En jouant, on a l’impression d’être dans un musée à ciel ouvert, où Amateratsu, le personnage principal, déambule dans jeu-oeuvre d’art.

Et bien que notre plombier préféré traverse littéralement des peintures pour explorer des niveaux dans Super Mario 64, nous n’oublions pas Super Mario World 2: Yoshi’s Island (1995) qui un exemple parfait d’intégration de l’art pictural dans un jeu vidéo. Ce jeu, l’un des derniers de la Super Nintendo, est célèbre pour son style visuel unique, qui ressemble à des dessins faits à la main. Les graphismes pastel évoquent les œuvres d’art naïf et les croquis d’enfants. Chaque niveau exploré est une toile animée où Yoshi évolue comme dans une peinture en mouvement. Le jeu est un hommage à l’art sous une forme simple et colorée et reste toujours gravé dans nos mémoires.
Musique

Côté musique, le jeu vidéo n’a rien à envier aux plus grands compositeurs classiques. On ne compte plus les hommages à la musique symphonique dans les bandes-son de nos jeux préférés. La série des Final Fantasy, par exemple, a su marier l’épique et le mélodieux, avec des compositions qui rivalisent avec celles des grands orchestres. Nobuo Uematsu, le compositeur phare de la saga, s’est inspiré de tout, de Claude Debussy à Michel Legrand, pour créer des thèmes qui nous transportent encore aujourd’hui.
Sorti en 1996 sur PlayStation, PaRappa the Rapper est un jeu révolutionnaire qui a introduit ou du moins popularisé le genre des jeux de rythme dans le paysage vidéoludique. Ici, la musique n’est pas qu’un simple fond sonore : elle est littéralement le gameplay. Le joueur doit appuyer sur des boutons en rythme avec la musique pour que PaRappa, le personnage principal, rappe correctement.
Et si jamais le sujet vous intéresse plus globalement, on vous recommande d’ailleurs le livre d’Aurélien Simon, Symphonies pour Pixels chez Omaké Books, qui décortique avec passion et expertise l’histoire de la musique au sein des jeux vidéo !
Cinéma

Another World est un bel exemple d’inspiration cinématographique dans le retrogaming. Son approche visuelle et narrative, qui s’inspire directement du septième art, a été une sacrée claque pour nous à l’époque. le jeu raconte l’histoire de Lester, un jeune scientifique qui, après une expérience qui tourne mal, se retrouve transporté dans un monde extraterrestre. Le titre est clairement un pionnier en matière de narration cinématographique dans les jeux vidéo, tant l’exploitation de la mise en scène, des cadrages, et même du rythme du jeu est maîtrisée, non sans rappeler de grands films de science-fiction des années 70 et 80, comme La Planète des Singes ou Blade Runner.
Certains jeux vidéo ne se contentent pas d’emprunter au cinéma, ils font du cinéma. Prenez Metal Gear Solid. Hideo Kojima, le papa de la série, est un cinéphile notoire. Chaque plan, chaque cutscene, est un hommage aux films d’action et d’espionnage des années 80 et 90. Les influences sont claires : John Carpenter, James Bond, et même un soupçon de David Lynch. On ne joue pas à Metal Gear Solid, on le regarde presque, tant la frontière entre cinéma et jeu vidéo est fine.
Bande-Dessinée
L’univers de la BD a rapidement envahi les jeux vidéo dès que ces derniers se sont popularisé. On pourrait vous citer des dizaines d’exemples, des Schtroumpfs à Tintin en passant pas les Tuniques Bleues. Mais on retiendra ici Astérix, ce que ce soit sur arcade ou sur console, tant l’ensemble des jeux sont parvenus à parfaitement capturer l’essence des bandes dessinées originales. Le jeu reprend non seulement les personnages et les environnements iconiques de la série, mais ils reproduisent aussi fidèlement le style visuel caractéristique de la BD. Les graphismes du jeu sont conçus pour ressembler à des cases de bande dessinée, avec des couleurs vives et un design cartoon fidèle aux dessins d’Uderzo.

La bande-dessinée, intégrant aussi bien les comics et les mangas, a sans conteste d’ores et déjà laissé une empreinte indélébile sur le jeu vidéo. A tel point que certains titres ont intégré le concept-même de BD dans leur gameplay, à l’image de Comix Zone sur Mega Drive. Ce beat’em up vous plonge littéralement dans une BD, avec ses cases, ses bulles de dialogue, et ses ennemis qui surgissent des marges. On est en plein dans la transposition d’un art à un autre, où le joueur devient le héros d’une histoire dessinée à la main !
Le jeu vidéo est un art caméléon, capable d’absorber les influences des autres formes artistiques pour se les approprier puis les transcender. Que ce soit en piochant dans l’architecture, la peinture, la musique ou le cinéma… Il se nourrit de tout ce qui l’entoure pour créer des univers toujours plus riches et immersifs au fil de son évolution. Ainsi, la prochaine fois que l’on se saisira de la manette, n’oublions pas ces siècles d’histoire de l’art, remixés pour sur nos petits écrans pour notre plus grand plaisir. Et ça, c’est beau !




