Dossier

Les remakes et remasters, ça ne date pas d’aujourd’hui !

remake remaster retrogaming

Remakes. Remasters. Deux mots qui font aujourd’hui trembler les salons Discord, les réseaux sociaux, chauffer les manettes et vider les porte-monnaie. Pour certains, c’est la flemme incarnée : on recycle, on ressort, on repasse à la caisse. Pour d’autres, c’est l’occasion de (re)découvrir des pépites passées à la moulinette HD, en profitant d’un confort modernisé. Mais avant de s’écharper dans les commentaires, rappelons-nous une chose essentielle : le recyclage, dans le jeu vidéo, ça ne date pas d’hier. Même pas d’avant-hier. C’est presque dans l’ADN du médium !


Quand Nintendo sortait la peinture 16 bits

Prenons un exemple qu’on oublie trop souvent : Super Mario All-Stars sur Super Nintendo, sorti en 1993. Qu’est-ce que c’est, si ce n’est un remaster ? On y retrouve les trois Mario de la NES — Super Mario Bros., Super Mario Bros. 2 (la version occidentale) et Super Mario Bros. 3 — plus The Lost Levels, avec une refonte graphique totale en 16 bits, des musiques retravaillées, et même des slots de sauvegarde.

super mario all stars
L’évolution des graphismes était réellement impressionnante à l’époque, et pouvait justifier l’achat du jeu juste pour cette raison

Nintendo ne l’appelait pas “remaster” à l’époque, c’était juste un “cadeau” pour les fans. Mais dans les faits ? C’était une refonte, un vrai bain de jouvence. Et on parle d’un jeu sorti il y a plus de 30 ans.

Super Castlevania IV : reboot, remake ou suite ?

super castlevania iv

Autre exemple marquant : Super Castlevania IV. Sorti en 1991 sur Super Nintendo, il raconte une fois de plus l’histoire de Simon Belmont, comme le tout premier Castlevania sorti sur NES. Mais cette fois avec un gameplay plus souple (merci, le fouet multidirectionnel !), des musiques plus riches et un level design revu. Chose intéressante : au Japon, le titre s’appelle Akumajo Dracula, tout comme le premier épisode sur la 8-bits de Nintendo. S’il a bien été présenté comme l’équivalent d’un remake dans son pays d’origine, il a été vendu comme un épisode original à part entière en Occident, témoin d’une stratégie marketing différente, changeant aussi notre perception du titre alors.

Ce qui reste sûr, c’est que Konami, dès les années 90, avait déjà pigé que capitaliser sur un classique, c’est souvent plus malin que de partir de zéro.

Metroid, Pokémon et les deuxièmes chances

Nintendo, encore, a continué à bichonner ses vieilles gloires. Avec Metroid: Zero Mission sur Game Boy Advance (2004), c’est carrément un remake complet du tout premier Metroid de 1986, mais avec la nervosité et les améliorations de gameplay de Metroid Fusion.

metroid zero mission
Faut dire qu’aujourd’hui encore, ça fait son p’tit effet…

Idem pour Pokémon HeartGold et SoulSilver (2009), refontes de Pokémon Or et Argent (2000) avec des graphismes DS, un Pokéwalker en prime, et tout un tas de nouvelles fonctionnalités.

On peut le dire, ce n’était pas un simple coup de polish, c’était la totale. Et là encore, personne ne râlait trop à l’époque, du moins pas à notre connaissance.

Sega, pas en reste

NiGHTS into Dreams PS costume

Du côté de Sega, il y a aussi eu de véritables tentatives de remettre leurs classiques au goût du jour. On pense notamment à Nights into Dreams sur PlayStation 2 au Japon (2008), ou plus tard sur Xbox 360 et PS3. Cette version proposait un passage en 16/9, une refonte graphique (avec option pour les visuels d’origine), et des chargements allégés. Une remise en forme complète du jeu Saturn de 1996.

Autre bel exemple : Shinobi sur PS2 (2002), qui réinterprétait l’expérience d’arcade en 3D avec une ambiance bien plus sombre et technique.

Mais le plus parlant, ce sont peut-être certains titres de la gamme Sega Ages sur PlayStation 2. Car si tous les jeux n’étaient pas logés à la même enseigne, quelques-uns proposaient de véritables remakes, comme Alien Storm, entièrement repensé graphiquement avec une jouabilité plus fluide. Ou encore Phantasy Star Generation: 1, remake total du tout premier Phantasy Star, avec une mise en scène moderne et des dialogues retravaillés.

Et n’oublions pas Mega Man: The Wily Wars (1994), qui regroupe les trois premiers épisodes sortis sur NES, entièrement remasterisés pour la Mega Drive avec des graphismes 16 bits, de nouvelles animations, et même un contenu inédit pour les joueurs les plus acharnés. Un bel exemple de remaster d’avant l’heure !

Et les pionniers, alors ?

Si on cherche les vrais ancêtres, il faut d’abord bien définir les termes. Un portage est une transposition technique d’un jeu d’une plateforme à une autre, généralement sans modification significative, si ce n’est celles liées à des contraintes de la nouvelle machine qui servira de support au jeu. Un remaster conserve le jeu d’origine mais améliore les graphismes, le son ou l’interface pour coller à des standards plus acceptables pour la génération en cours. Un remake, lui, va beaucoup plus loin : il s’agit de recréer le jeu depuis zéro, avec de nouveaux assets, un moteur repensé et souvent des ajustements de gameplay ou de narration. Bref, c’est la chirurgie esthétique plutôt que le maquillage.

images ()

Dans cette optique, difficile de considérer par exemple Donkey Kong sur NES comme un remake : c’était un portage limité techniquement, pas une réinvention.

En revanche, le Space Invaders sur Famicom sorti en 1985 se pose là comme précurseur du remaster : couleurs inédites, affichage retravaillé, sonorités revisitées, mais gameplay fidèle. Un vrai relooking qui reste dans l’esprit du jeu d’origine, sans le copier bêtement. Bien entendu, l’œil peu entrainé aux sprites originaux de la borne d’arcade peinera à identifier une réelle plus value ici et pourtant, en contextualisant cette version dans son époque, les améliorations sont bien présentes, même si on commence déjà à voir beaucoup mieux ailleurs.

Et justement, plus impressionnant encore : Temple of Apshai Trilogy, sorti en 1985, qui proposait un remake complet du jeu original Temple of Apshai publié en 1979 sur TRS-80 et Commodore PET. Refonte graphique, ergonomie revue, meilleure gestion des combats… tout a été repensé pour coller aux standards des micro-ordinateurs contemporains de l’époque (Commodore 64, Apple II, etc.). Un remake au sens plein du terme, bien avant que le mot devienne tendance.


Alors oui, aujourd’hui on parle beaucoup de remakes parce que les moyens techniques le permettent, que les jeux coûtent cher, et qu’on mise sur la sécurité. Mais ce n’est pas une tendance nouvelle. C’est une vieille habitude, simplement devenue plus visible car proportionnelle à la quantité de jeux désormais disponibles.

Parfois pour le meilleur, parfois pour le marketing. Mais aussi, souvent, parce qu’un bon jeu reste un bon jeu. Et qu’il mérite de traverser les générations, même s’il faut lui offrir un lifting pour l’époque !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *