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Alex Kidd : la mascotte déchue de Sega

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Il était une fois, dans les années 80, un petit personnage aux grandes oreilles, prêt à devenir une légende. Non, je ne parle pas de Mario avec sa casquette rouge et sa moustache, mais d’Alex Kidd, celui qui devait être le grand rival du plombier à ses débuts. Aujourd’hui, on se souvient de Sonic comme étant le visage de Sega, mais il y a eu une époque où la destinée de l’entreprise reposait sur les épaules d’un petit prince d’un monde étrange appelé Radaxian. Alors, pourquoi est-il tombé dans l’oubli ? Quel a été le parcours de cet enfant royal qui n’a jamais vraiment trouvé sa place sur le trône du retrogaming ? Remontons le temps, car Alex Kidd mérite qu’on se souvienne de lui.


Alex Kidd : les débuts sous le signe du la pierre-feuille-ciseaux

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Vous aussi, vous entendez la musique de ce passage aquatique ?

C’est en 1986 que tout commence. Sega sort Alex Kidd in Miracle World sur la Master System, avec l’espoir de concurrencer un certain Super Mario Bros., qui commençait à tout écraser sur son passage. Créé par Kotaro Hayashida, Alex Kidd débarque comme le champion du monde de Radaxian, un univers rempli de singeries, de casse-têtes, et de combats de boss où, contre toute attente, le shifumi (ou pierre-feuille-ciseaux) règne en maître.

Franchement, c’est peut-être une des premières raisons qui l’a perdu. Tu imagines Mario en train de jouer à la courte paille avec Bowser, et devoir recommencer le niveau si le choix effectué ne t’a pas été favorable ? Bien sûr, il n’y avait pas véritable hasard dans les combats de boss d’Alex Kidd, mais la victoire reposait uniquement sur des tentatives successives de combinaison jusqu’à trouver la bonne. Un véritable die and retry qui ne disait pas son nom !

Mais Sega croyait dur comme fer à son personnage aux inspirations issues notamment du Roi des Singes de la Pérégrination vers l’Ouest (un classique de la littérature chinoise qui a inspiré bien des œuvres japonaise, coucou Dragon Ball), capable de casser des blocs à mains nues et de piloter des hélicoptères miniatures. S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Alex Kidd in Miracle World, c’est d’avoir tenté des trucs.

Entre le gameplay varié et un univers décalé, Sega avait tout misé sur lui. Le jeu était même préinstallé sur certaines consoles, un gros plus pour l’époque ! On dit souvent qu’il était osé de la part de Sega de fournir en bundle le jeu Sonic the Hedgehog avec la Mega Drive, mais le fait est que cette pratique était déjà courante depuis la Master System, à la différence près que les jeux n’étaient pas fournis en version physique. Le dématérialisé avant l’heure ?

Une success story qui ne l’a jamais été

Le problème d’Alex Kidd, c’est qu’il n’a jamais su vraiment trouver son identité. D’un jeu à l’autre, son design changeait, son gameplay aussi. Alex Kidd in Miracle World a été un joli succès d’estime, mais ses suites ? C’est une autre histoire.

On en parle de Alex Kidd: The Lost Stars ? Sorti en arcade puis sur Master System, le jeu se veut plus accessible, plus coloré, mais c’est là que les choses commencent à mal tourner pour Alex. Fini la profondeur et les mécaniques variées, le jeu est devenu (trop) simpliste, et disons-le franchement, moins fun. Le pauvre Alex n’avait plus le droit de fracasser des blocs avec ses poings, ne pouvait plus acheter des objets auprès de vendeurs et traversait des nouveaux au level design moins inspiré à mon goût. Mais pourquoi Sega, pourquoi ?

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Bien que n’aidant pas à définir l’identité de ce qu’est un jeu Alex Kidd, Shinobi World était un jeu d’action vraiment sympathique !

Sega tentera encore quelques expérimentations hasardeuses avec des résultats variables Alex Kidd in Shinobi World (crossover plutôt réussi entre Alex et Shinobi, autre grosse licence de Sega) et Alex Kidd in High-Tech World, une espèce de point-and-click avant l’heure teintée de plateforme, complètement décousu, d’autant plus qu’il s’agissait d’une adaptation d’un jeu sorti au Japon et tiré d’un anime, dont le contexte et les personnages n’avaient plus grand chose à voir avec l’univers d’Alex Kidd, suscitant l’incompréhension. À chaque fois, on avait l’impression que Sega ne savait pas trop quoi faire de son héros. Tantôt prince, tantôt ninja, tantôt simple explorateur, Alex Kidd n’avait pas la cohérence d’un Mario et d’autres personnages populaires qui savaient rester… eux-mêmes.

Pourquoi Sonic a supplanté Alex Kidd ?

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Bon, on a connu des décors plus travaillés sur 16-bits quand même

Et puis en 1991, le coup fatal. Sonic the Hedgehog débarque avec ses sneakers rouges, son attitude rebelle, et son besoin constant de vitesse. Là où Alex Kidd était un peu pataud et imprécis, Sonic était vif, fluide et cool. Sega avait trouvé sa nouvelle star, et Alex a été gentiment relégué aux oubliettes. Et ce n’est pas la sortie d’Alex Kidd in the Enchanted Castle sur Mega Drive qui sauvera le destin du personnage, bien au contraire, malgré les tentatives de reprise de ce qui a fait le succès du premier opus. Bien sûr, il s’agissait d’un des premiers jeux de la console, mais avec le recul, les visuels du jeu font pâle figure face aux Castle of Illusion Starring Mickey Mouse, Quackshot Starring Donald Duck ou même un Kid Chameleon. De plus, la maniabilité de cet Enchanted Castle était clairement en retrait – essayez dans ce jeu de piloter l’hélicoptère et vous constaterez la régression vis-à-vis de Miracle World – et le jeu moins long, moins inspiré dans son ensemble.

Pourquoi Sonic a-t-il réussi là où Alex Kidd a échoué ? La réponse est simple : cohérence et marketing. Sonic avait une identité forte dès le départ : une mascotte ultra-rapide, un gameplay centré sur la vitesse et un design qui plaisait aux jeunes joueurs des années 90. Globalement, Sega avait mis le paquet avec des intentions claires dès le départ. Alex Kidd, lui, n’avait jamais su se fixer comme nous le disions, avec un gameplay allant de trop simple à inconsistant, à l’exception bien entendu du premier titre de la franchise. Sonic, lui, ne laissait aucun doute durant cette période ! Au final, la réponse à la question de cette section coule de source : parce que Sega avait réalisé que leur création Alex Kidd, malgré tout l’amour qu’on peut lui porter, n’avait pas les qualités requises et que le projet Sonic était né de ce constat d’échec.

Les particularités d’Alex Kidd : beaucoup d’idées, peu de direction

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Et si au final, c’était cet écran qui nous avait le plus marqué ?

Alex Kidd avait pourtant du potentiel. Le mélange de plateformes, d’action, et de mini-jeux un peu bizarres mais uniques comme le pierre-feuille-ciseaux faisait de Miracle World un jeu unique en son genre. Les véhicules comme la moto ou l’hélicoptère apportaient une touche de variété. Mais justement, il y avait peut-être trop de diversité pour former un tout cohérent.

Sega a multiplié les directions sans jamais vraiment trouver la bonne formule. Ajoutez à cela un manque de constance dans la qualité des jeux (oui, Alex Kidd: The Lost Stars, je parle de toi), et on obtient une recette qui, malheureusement, ne pouvait pas résister à la tornade Sonic, qui de toute façon avait été créé avec en tête l’objectif non dissimulé d’enterrer le jeune Prince.


Aujourd’hui, Alex Kidd est plus une curiosité du passé qu’une véritable icône. Mais il reste indubitablement un héros attachant, un symbole d’une époque où les jeux vidéo cherchaient encore leurs repères. Si Sonic est le cool kid du groupe, Alex Kidd est ce cousin un peu maladroit, mais toujours prêt à se lancer dans l’aventure. Et même s’il n’a jamais atteint les sommets, il a laissé une trace indélébile dans l’histoire du jeu vidéo, c’est indéniable. Et tous les possesseurs d’une Master System se souviennent encore aujourd’hui avec émoi de la joie que procure le démarrage de leur console, sans avoir à insérer de cartouche, pour tomber directement sur l’écran de démarrage fort sympathique de Miracle Word !

Au fond, c’est un peu ça, le retrogaming : se souvenir de ces héros oubliés, qui, malgré leurs défauts, ont marqué nos jeunes années. Alors, la prochaine fois que tu te lances dans un jeu de plateformes, pense à Alex Kidd, le prince de Radaxian, et à ce qu’il aurait pu être… si seulement Sega avait su lui donner les clés du royaume.

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